Vendredi 2 décembre 2005
Pas le courage de refaire mon dessin

Elle s’était allongée sur le lit, le plus près du bord possible de peur de déranger l’homme allongé à ses côtés. Immobile, les yeux fixés sur le plancher, elle respirait à peine, pour le laisser dormir. Une fois son voisin de lit endormi, elle oserait enfin bouger discrètement afin de, à son tour, rejoindre les bras de Morphée. Son compagnon de couette ne voyait pas les choses de la même façon. Cherchant le contact, la douce chaleur féminine, il s’allongea contre elle, le visage enfouit dans sa nuque, la main posée sur son épaule. Soulagée, un timide sourire aux lèvres, elle osa alors fermer les yeux, sentant qu’elle pouvait s’endormir sans crainte.

 

La lumière éteinte, un unique rayon lumineux traversait la chambre depuis l’espace entre les rideaux, désignant sur l’avant-bras de la jeune femme, une main virile redoublant de tendresse à mesure qu’elle rejoignait le coude. Incertain, l’homme stoppa là son exploration, la main posée sur le coude. Son pouce caressait distraitement cette peau fraîche, de façon plus ou moins régulière, au rythme de sa respiration…

C’est alors que la jeune femme bougea. Elle avança son bras, laissant glisser sur ses reins la main curieuse et déplia légèrement les jambes. Le corps moins crispé, sa respiration devint plus détachée, son souffle plus lent. Son cœur en revanche, ne savait plus où donner de la pulsation. Excitation, désir, tendresse… Tout se mélangeait, s’entrechoquait et donnait un patchwork de sensations plus ou moins bien connues, plus ou moins bien définies.

Prenant ce mouvement pour un feu vert, l’homme caressa les reins, laissant la main errer de plus en plus bas, atteignant ainsi le ventre qu’il maintint alors, doucement mais avec fermeté. La belle enfin captive, les corps se rapprochèrent. Les jambes s’entremêlèrent, les peaux se frôlèrent d’abord, pour finalement s’appeler l’une à l’autre. Un frisson traversa le corps de la jeune femme, offrant à son ami la possibilité de la serrer contre lui, prétextant de la réchauffer, d’enfouir davantage son visage contre la nuque et, tendrement, de déposer un baiser à la naissance de l’épaule.

 

Sereine, la belle s’endormit, bercée par la respiration contre son cou. Elle ne dormait plus dans le même lit que son ami, ils dormaient à deux…

par SuzyBellule publié dans : Textes
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Dimanche 24 juillet 2005
Oh… mais je ressors de vieux trucs moi… Bon alors j’explique vite fait quand même, sinon vous allez m’appeler les petits hommes en blanc pour m’embarquer et vous savez comme le bellulien est jaloux…
Alors ce texte est un défi lancé sur le groupe msn qui m’avait pas mal aidé à m’ouvrir aux autres par le biais de mes textes.
Le thême du défi était de mettre en scène 2 personnages de fiction et de faire l’histoire avec une liste de mots obligatoires tels que machin, poulain, anti-sudorifique, ecchymose ou encore ratatouille… Cela nous a valu pas mal de neurones à crête, de rires et de doutes sur notre santé mentale…




Tout deux assis dans un canapé, Albator écoutait patiemment son amie la fée Clochette conter sa triste histoire entre deux sanglots.

Sa liaison avec le rat Tatouille n’avait pas été de tout repos. Qu’avait-elle bien pu faire avec ce rongeur ? Il est vrai qu’il avait le charme espagnol, l’accent chantant et le regard envoûtant sous ses paupières un peu lourdes. Malheureusement, il en avait aussi la pilosité. Mais Clochette s’en était amouraché et ces poils abondants ne la traumatisaient pas plus que ça. Elle avait même fini par trouver un certain charme à ses poils, jusqu’au jour où l’anti-sudorifique passa à la trappe.
C’était là le symbole de la rébellion hygiénique, et du laisser aller.

Après quelques mois à subir l’haleine avinée de son rongeur et ses sautes d’humeur, elle avait pris ses clics et ses clacs, tout son petit bric-à-brac de fée, poudre, baguette magique et sèche-cheveux (pour son brushing) et avait entrepris une fuite savante et silencieuse.
C’était sans compter la mi-temps du match de coqs retransmis à la télé et le passage obligatoire au frigo qui mena Tatouille dans le couloir. Face à sa petite victime les bras chargés de valises, il était alors entré dans une colère folle, frappant tout ce qui lui venait à portée de main. Clochette avait alors reculé petit à petit dans l’espoir d’échapper à son bourreau, mais 2 petites ailes ne faisant pas le poids face à 4 pattes trapues, elle avait été vite rattrapée et gifflée au bords des escaliers.
Elle était ressortie avec quelques ecchymoses de sa chute,  rien de plus, mais y avait perdu foi en l’amour.

N’ayant nulle part où aller, Tatouille ayant fait fuir tous les amis de Clochette, il ne lui restait plus qu’Albator et les sucreries. Elle s’était alors rabattue sur le chocolat. Malheureusement, prisonnière de l’espace à bord de l’Arcadia, vieux vaisseau corsaire de son ami Albator, elle n’avait pu trouver que du chocolat Poulain (grand arôme ?) et s’était alors remise à pleurer.

Pour une jeune fée née dans les roses se retrouver ainsi confinée dans un machin métallique à manger du chocolat industriel était le coup de grâce. Mais elle était de nouveau en sûreté auprès de son ami corsaire, loin de la violence conjugale et des égouts.
Que serait-elle devenue sans son ami de toujours ?

Albator et elle s’étaient rencontrés au collège, à l’age des comédons purulents et des amourettes au couvre-feu de 22h.
Assis côte à côte lors du cours sur le théorème de Gauchy en mathématiques, elle était alors parvenue à ce que l’élève dissipé à la cicatrice rebelle arrête de se faire des lignes de dentifrice, drogue malheureusement répandue dans le milieu scolaire. Bien entendu, son sourire en avait pris une claque au grand désarroi des pompons girls qui le bannirent du club des sourires éblouissants.
Ainsi rendu à la liberté, il jeta son dévolu sur la frêle Clochette qu’il emmenait partout, de 14h à 18h le mercredi après-midi à bord de son scooter rutilant, fraîchement lavé avec ce qui lui restait de drogue buccale.
Mais l’année scolaire touchant à sa fin, le BEPC en poche, Clochette partit pour la Fairy Academy, laissant Albator seul sur son scooter.

Jamais il n’aurait cru la revoir après tant d’années, et encore moins en pleurs. Mais elle était bien là, plus belle que jamais dans sa fine tunique verte et le corps plus femme. Oh il sait bien que son vaisseau est loin d’être un paradis pour une fée mais à la prochaine halloween, il lui sculptera un palais dans une citrouille.
par SuzyBellule publié dans : Textes
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Lundi 13 juin 2005
L’hiver… Ici, le brouillard n’est jamais gris, l’iode le rend blanc. Le vent comblé d’embruns a couché l’herbe et les buissons semblent danser un air imaginaire et hystérique. Je connais bien cet endroit, c’est la falaise nord de Wimereux et je suis sur un blockhaus de la seconde guerre. D’ici, je peux voir tout le centre ville, la digue et la plage, la falaise sud et une partie des usines de Boulogne-sur-mer.
Je suis en pyjama, c'est-à-dire un fin t-shirt noir et un short rouge mais je ne sens pas le froid. Normal, je rêve. Mes cheveux, bien qu’attachés parviennent à taquiner mon nez et me cachent la vue. Fichus cheveux frisés ! Même dans mes rêves ils me pourrissent la vie… Je me tourne alors face à la mer pour que le vent force ma tignasse à laisser mes yeux en paix et c’est là que la voix, seule, debout, immobile dans sa longue robe de soirée couleur champagne. Le bas de sa robe danse avec les buissons un air que je commence à entendre à mesure que mes oreilles s’habituent au bruit du vent. La mélodie entame alors un rythme bien plus sage, plus mélodieux, une valse peut être, je n’y connais rien en musique. Ses longs cheveux noirs se calment alors, couvrant l’affolant décolleté de sa robe. Elle est si fine, si légère, elle ne devrait pas rester si près du bord. A la moindre rafale de vent elle pourrait glisser et tomber…
Un violoncelle. Il accompagne cette mélodie de plus en plus perceptible. Il s’énerve et avec lui la mélodie. Et à mesure que la mélodie accélère, le vent se lève à nouveau. Elle redresse son visage et se met à hurler. Son hurlement devient un sanglot, son sanglot un cri animal, son cri un rire agressif, malsain, fou.
Un piano prend la relève et calme la scène avec sa berceuse. La jeune femme baisse la tête, son rire est devenu enfantin, mais reste chargé de larmes. Le vent en revanche n’a pas cessé sa danse folle, brutale et qui devient morbide lorsque la jeune femme glisse et tombe. Je me met alors à courir avec l’espoir idiot qu’elle se soit agrippée à une racine quelconque sortant de la falaise. Mais je sais très bien qu’elle sera en bas, parmi les rochers. Elle était venue pour ça, elle n’allait pas quitter cette falaise en vie.
Je suis au bord mais n’ose pas regarder. A quoi bon, après une telle chute, c’est évident, elle est morte. Le vent s’est calmé, il a même disparu. Mes cheveux sont calmes, il n’y a plus de musique, juste une voix, celle d’un homme en train de crier. Vient-elle d’en bas ? Un pécheur de moules témoin de la scène ? Je devrais baisser les yeux pour vérifier, mais la peur m’envahit, je ne suis pas prête pour un tel spectacle.
La voix est de plus en plus présente, je parviens à distinguer les mots que cet homme hurle : « Alice ne fait pas ça ! Lili ma petite fille, ne fait pas la même sottise que ta mère… Alice Mongomery, veuillez obéir à votre père ! » Je ne réagis pas. « Zac va vite récupérer ta sœur ! » J’entends alors les pas lourds de quelqu’un en train de courir, puis une voix, bien plus proche que l’autre, me fait sursauter et je glisse. Je sens le monde se dérober sous mes pieds nus. Mais une main puissante attrape mon poignet et me tire vers le haut. Assise par terre, à l’abri dans les bras musclés de mon sauveur, je me mets à ressentir la chaleur de son corps, les chatouillis de l’herbe contre mes pieds, le vent froid s’engouffrant dans mes vêtements. D’un ton inquiet mais taquin, il me demande si j’ai une autre paire de chaussures assortie à ma robe car les autres sont tombées. Surprise de la remarque je veux regarder mes pieds mais ils sont couverts d’un tissu champagne.  Je me penche vers les rochers au bas de la falaise, sans trop savoir ce que je veux y trouver. En bas, entre des chaussures dorées, un corps perd son sang sur les rochers. Il porte un fin t-shirt noir et un short rouge. Ses cheveux sont attachés mais quelques mèches se sont sauvées accomplissant une danse macabre sur mon visage... Je me réveille…
par Bellule publié dans : Textes
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Mardi 10 mai 2005

Elle l’aime. Elle l’aime de l’amour le plus tendre et le plus fidèle qu’ils aient pu connaître tous les deux. Mais il ne veut pas d’elle. Pourquoi ? Elle pense connaître la raison : Elle n’est pas assez bien pour lui. Mais finalement pourquoi serait-ce forcément elle, l’indigne de cet amour ?
Il ne l’aime pas, juste bien… C’est suffisant pour un câlin coquin de temps à autre quand elle peut faire la route jusqu’à son lit mais ce n’est certainement pas lui qui fera cette petite heure de route juste pour être en sa compagnie et il aura toujours une bonne excuse pour ça. Il semble très bien pouvoir se passer de la compagnie de cette jeune fille devenue femme. De toute façon, il trouvera très vite une fille « mieux » qu’elle. Elle n’est qu’un passe temps comme les autres. Certains lisent, d’autres retrouvent leurs amis, lui donne à cette demoiselle des rendez-vous impossibles.
Cette fois encore il lui dira qu’il a enfin trouvé l’âme sœur. Il a enfin trouvé une fille bien. Elle est comme lui. Elle est belle, elle, intelligente, elle le fait sourire et lui dit des « je t’aime » dès le premier soir en tête à tête. Mais encore mieux, elle ressemble à son ex. Celle qui l’a quitté pour une raison plus absurde encore que son obsession à lui de trouver un clone de cette ancienne dulcinée.
Une semaine plus tard il contactera celle qui l’aime pour lui dire qu’il est re célibataire… Encore une fois, celle qu’il avait croisée dans une fête et qui avait un petit cul sexy n’était pas sa dulcinée. Et elle, amoureuse, le consolera comme elle peut, encore une fois, en lui disant ce qu’elle aime chez lui. Pour un mec, être seul à 25 ans n’est pas dramatique… loin de là. Mais comment lui faire comprendre qu’il ne fait pas fuir les filles sans dire à un moment « moi je ne te fuis pas » ça serait une déclaration trop directe et c’est lui qui fuirait.
Alors cet amour, elle le range au placard car il est plus important pour elle de conserver un ami. Tout ce qu’elle veut au fond, c’est qu’il soit heureux même si c’est avec une autre. Elle a juste peur qu’il perde encore plus de plumes. Mais s’il en perd encore, elle sera là. Fidèle au poste n’importe quand. Il a une place privilégiée en elle. Elle se pliera en quatre pour lui venir en aide. Elle est prête à l’écouter, lui remonter de moral, essuyer ses larmes et même remonter ses manches s’il le faut. Elle fera tout pour qu’il soit au mieux de sa forme. Mais lui en ferait-il de même ? Fait-il attention à elle finalement ? Et si elle partait, lui manquerait-elle ? Toutes ces questions la hantent mais elle s’en fiche. Elle l’aime et le laisser serait être infidèle à cet amour qu’il refuse certes, mais qui est certainement le plus beau qu’on lui a un jour porté…

par Suzy Bellule publié dans : Textes
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Lundi 9 mai 2005

Voici une bien étrange sensation que la peur. Mais le plus surprenant reste notre comportement face à elle. A la fois, et c’est bien là la définition même de la peur, nous sommes terrorisés et l’envie d’être loin nous envahit mais en même temps, un autre sentiment arrive, peut être par masochisme : l’excitation. Et nous savourons cet instant de toute notre adrénaline et de tout notre courage. Nous nous surprenons à prier le ciel afin que rien ne nous arrache à cette cruelle solitude. Que rien ne nous rassure, que rien ne nous prouve qu’il n’y a aucun danger. Nous sommes seuls face à notre peur, il s’agit là de "notre" combat…

 

J’ai découvert cela cette nuit. Après un mois d’absence, je suis rentrée chez moi, dormir dans ma chambre, cet univers si familier. Seulement je n’ai pas trouvé le sommeil. Pour une mystérieuse raison, je fus prise par la peur.

Le visage enfouit sous la couette, je me protégeais du décor. Tous ces objets accumulés au fil des années, ces valises, cette affreuse lampe en forme d’éléphant, cette marionnette rose suspendue au centre de la pièce, ce vieux salon délavé éveillaient en moi ces peurs qu’ils m’avaient épargné durant mon enfance. Toutes ces babioles pleines d’histoire censées me réconforter étaient devenues mes ennemies, comme pour me punir de tant d’absence. Blottie au creux de mon lit, je n’osais sortir le visage, de peur de découvrir un quelconque mort-vivant puant et vert de putréfaction à mon chevet, regardant fixement et plein d’espoir le bord de la couette attendant d’y voir apparaître un bout de bras dénudé qu’il aurait pu, affamé, m’arracher violemment.

 

Et je mourrais de soif d’un dîner trop salé et trop arrosé. L’envie de boire devint vite un besoin pressant mais entre la porte, symbole de la paix du doux foyer en période de fêtes et mon lit, se tenait Jarod le vieux mannequin en bois et plâtre, fière trouvaille dans une arrière boutique qui, dans mon délire de cimetière déserté, allait évidemment se réveiller à mon passage, le regard vide et les dents couvertes de moisissure pour m’attaquer.

 

Rien de tout cela n’allait arriver, je le savais bien, mais à vingt et un ans, je découvrais enfin cette peur qui ronge les enfants de quatre ans à l’approche du coucher…

Les adultes ne comprennent pas. Mais il est là, sous le lit, le monstre infâme aux cheveux d’araignées et doigts de serpents. Ils sont affamés ces reptiles et seul dans son lit immense, l’enfant sait qu’il est l’unique repas réclamé. Les grands ne l’ont pas écouté, pourtant il sait, lui, que la lumière effraie ce monstre. L’obscurité sera donc son cercueil. Quand le monstre étendra ses longs bras pour l’embrasser, il ne criera pas. Plein de courage, il affrontera son destin comme un homme, sans appeler au secours. Car le monstre est bien trop puissant ! Ce ne sont pas deux malheureux adultes qui pourront l’aider. Alors pour les protéger de ce triste spectacle et pour éviter que le monstre ne les dévore, l’enfant se taira. Griffé, mordu, dévoré… Voilà ce qui l’attend d’ici les prochaines minutes alors il guette la respiration du monstre pour savoir s’il est proche ou non et c’est ainsi qu’à quatre ans l’on s’endort…

par Suzy Bellule publié dans : Textes
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Dimanche 8 mai 2005
« Le pêcheur de femmes, c’est comme ça qu’ils l’ont appelé. Il les égorgeait avec du fil à canne à pêche. Ca se passait la nuit, dans un petit village situé dans une vallée non loin de la mer. La mer, qui d’ailleurs, est la seul source de travail pour ces habitants. Les hommes pêchent, les femmes vendent le poisson. Certains se sont spécialisés et entretiennent les bateaux, les vieux réparent les filets, certaines cuisinent les poissons avant de les vendre.
Ce village avait donc tout pour être heureux et vivre dans le calme. Vieillissant, oublié, mais calme.

Et puis cette affaire a éclaté. Un premier meurtre, pionnier d’une longue série. Un rôdeur qui tuait les femmes seules la nuit dans la rue, ce qui était chose fréquente étant donné qu’il n’y avait jamais eu le moindre signe de violence là-bas. Bon, il y avait bien eu l’histoire de Martial, le fils de l’aubergiste, qui avait tenté un peu violemment de séduire la serveuse de son père. Mais depuis il s’était calmé et plus personne ne parlait de cette erreur de jeunesse… Jusqu’à ce jour, ce matin où il la trouva devant chez elle, baignant dans son sang, égorgée pendant la nuit.
Evidemment, il était le suspect idéal. C’était lui qui l’avait trouvé et le seul à avoir eu, un jour, un léger différent avec elle. Il fut alors arrêté et conduit au commissariat de la ville la plus proche. Son père en profita pour le traiter de bâtard et clama haut et fort que sa femme, cette putain, l’avait eu avec un de ces clients de passage.
La journée reprit alors son cours normal et personne ne fit vraiment allusion à ce qui s’était passé, jusqu’au lendemain matin, lorsque Rose, la libraire, retrouva sa petite fille Catherine, allongée sur le bord de la fontaine qui jouait avec une eau rouge.
Martial fut alors relâché mais plus personne n’osait le regarder en face, comme s’ils le considéraient toujours comme coupable.

Une enquête fut ouverte. Les lieux furent examinés de fonds en combles, les habitants interrogés des dizaines de fois mais l’affaire stagnait. Un jeune inspecteur s’installa alors à l’auberge et commença à fouiner le passé de tout le monde.
C’est à ce moment là que je suis arrivée. Je voulais refaire ma vie à zéro, changer de travail, de maison, d’amis, de rythme… Rose me proposa la place de sa Catherine à la fois à la librairie et dans son cœur. Cette vielle dame avait besoin de s’occuper de quelqu’un pour se sentir exister et depuis la disparition de sa petite-fille, sa vie n’avait plus aucun but.
Sur le coup, j’ai trouvé cette proposition malsaine mais j’avais besoin de ce boulot et de ce toit, alors j’ai accepté de reprendre la vie de Catherine… »

Camille fit une pause. Une serveuse apporta un café et un chocolat. Son interlocuteur la regarda mélanger son sucre dans sa tasse sans trop savoir comment réagir à ce silence. Elle avait l’air calme, absente, comme si elle n’avait jamais commencé cette histoire.
Il croisa soudain ce regard, celui d’une femme effrayée. Elle avait besoin de parler de cette histoire qu’elle garde au fond d’elle depuis trop longtemps. Il osa alors une question : « Mais personne ne vous a parlé des deux meurtres ? Ils ne vous ont pas mis en garde ?
- Pas vraiment… Ils m’ont juste conseillé de ne pas traîner seule la nuit et de fermer la porte à clef. Etrangement, ils préféraient parler d’un voleur ou d’une bande de jeunes de la ville que d’avouer la vérité.
Remarquez, je les comprend. Le village était à bout de souffle. Les jeunes du village partaient à la ville et personne ne les remplaçaient. De plus, avec la disparition des deux filles, la moyenne d’âge du village venait de prendre une sacré claque. Du sang neuf était le bienvenu.

J’ai donc pris possession des lieux, une petite maison avec terrasse et jardin abandonné. Vue sur les dunes et la mer, aux premières loges des embruns. C’était le point de départ d’une nouvelle vie…

- Qui vous a mis au courant alors ? Comment avez-vous su ce qu’il se passait ?

- Oh deux personnes me l’ont dit. Ma première semaine ici, je n’ai jamais trouver une seule seconde pour faire la moindre course, même au marché de la grande place. Du coup je prenais mes repas à l’évadé, ce vieux bateau aménagé en brasserie. Je ne dirai pas que l’odeur du poisson avec mon café dès sept heures le matin me ravisse mais les prix ont su m’attirer dans ce monde de vieux loups de mer. C’est là que j’ai rencontré tout d’abord le commissaire Pontier qui a mis un certain temps, je dirai même plusieurs jours à oser m’adresser la parole… mais j’ai aussi rencontré, enfin, indirectement, Elsa.

- Elsa ? » L’homme semblait troublé… « Quelle Elsa ? je n’ai aucune Elsa dans mes dossiers… Mis à part, cette histoire de sirène inventée par un gamin du village… Je me suis renseigné, il n’y a jamais eu la moindre Elsa…

- Je vais vous couper tout de suite monsieur, répliqua Camille de sa voix la plus calme, Elsa existe vraiment. Je ne sais pas si c’est une sirène, une ancienne villageoise ni même un fantôme… Tout ce que je sais, c’est qu’elle existe, elle fait partie intégrante du village et tout le monde la connaît, ou la connaîtra. Seulement, Seul ce petit Bastien a osé parler d’elle en public.

- Mais alors qui est-ce ?

- Notre marraine la bonne fée, la confidente, l’oreille attentive, l’amie intime. Tout et rien à la fois. Elle a rendez-vous avec Bastien au coucher du soleil, sur le Rocher du Capitaine, sur lequel il s’assoit, attendant le retour du bateau d’Eric. Même s’il sait maintenant qu’il ne reviendra pas… Du moins entier…

- Eric… Son frère aîné, si je ne me trompe… Et vous alors, où l’avez-vous rencontrée ?

- Vous ne vous trompez pas, il était aussi l’amant de Catherine. J’ai rencontré Elsa chez moi. Je suis rentrée de la librairie, les bras chargés de livres et plats surgelés que Rose me prépare et elle était là, assise dans la cuisine, d’une beauté incroyable. Elle a le teint diaphane, ce qui fait contraste avec ses longs cheveux noirs et sa robe tout aussi sombre. Son visage est très fin, presque creux mais il n’en reste pas moins doux, de par ses yeux en amande et sa bouche pourpre. Ses mains ressemblent à un squelette sous cellophane, elle sont si blanches, fines et longues… Mais cet ensemble maladif est très beau. Cette femme est ravissante. Et se promène à pieds nus…

- Et que s’est-il passé ce jour là ?

- Aussi surprenant que cela puisse être, je n’ai pas eu peur. Une inconnue était dans ma cuisine, à son aise, mais je n’avais pas peur. J’avais même honte d’avoir traîné dans la rue à bavarder avec la voisine et d’avoir fait attendre mon invitée. Elle s’est levée, présentée et pendant que je rangeais mes affaires, elle a préparé un thé. Nous avons alors parlé tout le reste de l’après midi de ma situation, de la raison pour laquelle j’étais ici, des fantômes que j’avais laissé loin derrière moi, de cet homme que j’aimais, de la mort de celui-ci... Nous avons parlé de l’amour qu’Eric portait à Catherine ainsi que tout le mal qu’elle lui faisait. Puis elle m’a fait promettre d’être prudente, de ne pas suivre le chemin de Rose et Catherine si je ne voulais pas suivre aussi leur fin.

- Elle vous a raconté les meurtres ? » Il trépignait. Avait-il devant lui une folle croyant aux esprits mais sachant la vérité ? Allait-il enfin résoudre toute l’affaire ici, sur cette terrasse ?

« Non, mais je voulais lui demander ce jour-là. Malheureusement, un chat errant était entré dans mon salon et avait renversé le bocal du poisson. Quand je suis revenue dans la cuisine, un chat agrippé à la cheville et un poisson rouge piqueté de verre, entre la vie et la mort happant l’air à la recherche de la moindre trace d’eau… Elle était partie. Le poisson dans l’évier, je suis allée sur la terrasse libérer le chat et j’ai regarder le soleil se coucher. Elle était à son rendez-vous avec Bastien. »

XXX

« Que fais-tu là petit garçon ? Voilà plus de six mois que tu es là, assis sur cet étrange rocher à regarder l’horizon…

- Il va revenir. Il me l’a promis.

- De qui parles-tu ?

- Eric.

- Ton frère…

- Comment le savez-vous ? Qui êtes-vous ? Moi je suis Bastien, le plus petit mais le plus courageux du village, c’est Eric qui me l’a dit…

- Et il a raison. Je suis Elsa.

- Une sirène ?

- Si tu veux…

- Je vous ai vu arriver par la mer, vous étiez droite, marchant au fond de l’eau, mais vous n’êtes pas mouillée et vous n’avez pas de queue de poisson. Vous êtes méchante comme les autres sorcières ? Vous chantez au large pour attirer les pécheurs et les laisser se noyer ? »

Elle ne répondit pas. Son doux regard posé sur les cheveux de l’enfant, elle souriait face à tant d’innocence. Pourquoi l’océan avait-il été si cruel ? Dans le fond, Eric était impulsif mais gentil. C’était un bon frère, un amant fidèle, patient et indulgent. Il subvenait aux besoins de sa mère, payait l’école de Bastien, lui enseignait ce que son père, absent, n’avait pu lui apprendre faute de temps. Etait-il nécessaire qu’il quitte si vite ce monde ? C’était trop tôt, Bastien le savait. Alors il passait ses soirées à l’attendre, guettant l’horizon dans l’espoir de voir la frêle silhouette de son bateau.

XXX

Et pendant ce temps, un corps dansait dans les profondeurs, entouré de planches de bois et prisonnier de son filet. L’océan avait enlevé cet homme fort, se l’était approprié pour l’éternité. Il l’avait offert aux sirènes, ses charmantes filles, belles mais si sournoises…

Une main s’approcha, caressa ce visage figé à travers les mailles du filet. Au dessus, un bateau meurtri flottait vers les côtes… Camille se réveilla. C’était la troisième fois qu’elle rêvait de cet homme, si beau, endormis pour toujours…
par Bellule publié dans : Textes
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Samedi 7 mai 2005
Dans le néant de mon existence
Cette obsession passagère
Pour une ballerine de boite à bijoux
Errant dans mon wagon

D’un culot qui n’est pas le mien
Je l’ai suivie dans ce train
Etrange univers, la nuit au Québec
Qui se joue bien de nos habitudes

Blottie dans un compartiment vide
En l’absence de lumière
Elle me regarde avec l’insolente fierté
D’une jeunesse meurtrie

Tant de détresse dans ces courbes
Eveille en moi cet engouement
Pour la sensualité maladroite de ses 15ans
Cette douce animosité pleine de pudeur

Qui est prédateur, qui est proie
Ma violence domptée par sa tendresse
Le mensonge de ses je t’aime
J’aimerais pourtant y croire

Notre instant d’ivresse
Oubliant ce zoo qu’est la vie
Cette réalité qui nous attend
Au bout de ces derniers kilomètres
par Bellule publié dans : Textes
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Vendredi 6 mai 2005

Je n'avais même pas bu quand j'ai écrit ce texte... juste mangé un croque chocolat-banane trop cuit !


Il est temps pour moi que je vous le dise, je suis une princesse. Si, une vraie. Celle avec sa robe rose ridicule, sa couronne dorée coincée dans son brushing et son carrosse en citrouille. Bon ok ma couronne est une casquette Mc Donald et mon carrosse un transport en commun. Mais à part ça, je suis vraiment une princesse. Et comme toute princesse qui se respecte, je dois avoir un prince charmant.

J’ai donc essayé la méthode passive :

« Captive d’un dragon furieux, la princesse, du haut de sa tour, attend son prince charmant… » Evidemment, j’ai fait avec les moyens du bord : le dragon était un caniche conditionné tel un pitbull et la tour, ma chambre en triangle, allure cabine de bateau avec stores vénitiens trop grands. Le prince charmant n’est jamais arrivé, monsieur était trop flémard et il a envoyé son disciple, le soir de la St valentin, un type d’un mètre cinquante les bras levés, dix-huit kilos tout mouillé, avec sa guitare, son acné et son bouquet de rose, pour chanter l’amour à ma fenêtre. Ah le dragon était content. Il n’en a fait qu’une bouchée.

Il fallait donc employer les grands moyens, la méthode de la sorcellerie :

« …et le crapaud, sous l’effet du baiser de la princesse, s’enroula dans un nuage d’étoiles et devint celui qu’elle attendait depuis toujours… »

C’est joli non ? C’est ça ce qu’il me faut… J’ai donc investit dans une barque, un masque, un tuba et je suis partie en quête d’un point d’eau peuplé de crapauds magiques. Je me suis tout d’abord baladée sur la rive, embrassant crapauds sur crapauds… tout ce que j’ai attiré, c’est une haleine de cimetière barbare.

Je suis alors montée dans ma barque, rame à la main et je suis partie au centre de l’étang. J’ai regardé sur les nénuphars, tous étaient déjà casés… C’est alors que, sortit de nul part, l’esprit de l’étang me dit : « regarde sous le rocher du fond. »

Soit, qui ne tente rien n’a rien et plouf !

« bonjour le têtard… Excusez moi monsieur le nénuphar, vous pouvez bouger votre tige un peu ?… euuuuuh madame la sangsue ? Excusez moi, je suis perdue... je cherche le gros rocher du fond… A droite ? Puis tout droit jusqu'à l'algue. Je descend jusqu'à la taverne de la Garnoul' et après c'est la 3ème à droite ? Ok merci madame… Hey le voilà le gros rocher !… Oh il est lourd… Euh monsieur le poisson... je peux vous emprunter votre pied de biche ?… Ah ce n’est pas un pied de biche ? Ah c’est votre femme ? »

par Suzy Bellule publié dans : Textes
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Jeudi 5 mai 2005

Cette nuit a été différente de notre première. Si je ne le connaissais pas si bien, j’aurais pu dire qu’il tombait amoureux de moi. Le besoin de la relation sexuelle pour combler un manque finalement animal a laissé, le temps de ces quelques heures, la place au désir. Jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse être aussi doux. Je le savais câlin, trop peut être car ce trait de son caractère a déjà causé bien des dégâts en ma misérable personne. Oh il n’est en aucun cas responsable de cela ; il s’est contenté d’être lui-même. Je suis la seule fautive dans cette histoire ; la seule à m’être crue capable de résister à son charme.
Pourtant j’ai toujours su qu’il correspond en tous points à cet être recherché. A quelques détails près, son visage est celui que je m’étais imaginé pour le prince charmant de mes contes de fées aux fins heureuses. Son corps n’est pas excessif. Je ne saurais en faire le détail, il est un juste milieu entre la force de ses muscles et la fragilité de sa silhouette.
Sa peau pâle m’attendrit, ses épaules me rassurent, sa voix me berce, ses yeux me rendent docile, ses lèvres me font chavirer.
Je raffole de ses mains. Abîmées, la peau durcie par le travail, elles sont pour moi un trésor. Malheureusement celui-ci m’est interdit. Plusieurs fois cette nuit j’ai tenté en vain de me les approprier ne serait-ce qu’un instant, pour une complicité, une intimité supplémentaire. Mais à peine avais-je eu le temps de frôler ses longs doigts qu’ils m’échappaient déjà. Je me demande pourquoi il m’a ainsi refusé ses mains. Peut être qu’à ses yeux elles ont autant d’importance qu’aux miens…
La main. Finalement, le résumé de notre être. Je n’ai aucun mal à cerner la personnalité des gens rien qu’en regardant leurs mains. Les siennes sont assez grandes, aux doigts fins et osseux. Son travail les a rendues fermes, parfois rugueuses, souvent blessées. Mais elles sont aussi très douces dans leurs caresses, très souples dans leurs mouvements. Ses doigts me paraissent si fragiles et la peau tendre de ses paumes est terriblement attirante. Il est tout ça… Et comme pour laisser une distance entre nous, il m’a interdit ses mains.
Mais d’un autre côté, il a bien légué son corps à ma science le temps d’un massage. La jupe légèrement relevée, je tenais son corps entre mes cuisses. Je le possédais et mes mains avaient carte blanche. Les épaules, le dos, les reins à leur merci, avec pour seul mission, détendre et éveiller quelques envies peu avouables…

La nuit est finie, il fait jour. De retour à la réalité, j’ai du descendre de mon nuage. Finalement, rien n’a changé. Comme la première fois, je suis assise dans la gare, attendant un train toujours en retard. Ce n’est rien, je ne suis pas pressée de retrouver mon quotidien solitaire.
Je me mets alors à rêvasser, l’imaginant entrer en courant dans la gare, les jambes tremblantes et le cœur hystérique à l’idée d’arriver trop tard. Mais il me verrait et d’un pas décidé, marcherait vers moi. Et moi… hésitante mais ravie de le revoir si vite, je me lèverai de mon banc pour qu’il puisse me serrer dans ses bras. Son visage enfouie dans mon cou, je sentirai son souffle chaud tel un message pour me dire : si, quelque chose a changé… Mais tout ce scénario n’est qu’une fantaisie. Mon amour restera toujours notre fardeau. Sa punition d’être si gentil, ma plaie d’une telle faiblesse. Le train arrive, rien n’a changé…

La gare B., celle juste avant la sienne. J’ai beau rentrer chez moi, la voir après, elle restera celle « juste avant ». Je ne vais pas ailleurs, je retourne en arrière avec pour seul bagage le souvenir de ses caresses, de son visage endormis, et dans le creux de mes mains, l’odeur de son shampoing, tenace d’avoir tant joué avec ses boucles.
Ce n’est pas un jeune surfeur aux longs cheveux délavés mais un homme mûr aux cheveux bouclés. J’ai grandit, il en est la preuve vivante… et sûrement un peu responsable.

par Suzy Bellule publié dans : Textes
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Mercredi 4 mai 2005
Dans un saladier, posez pour base un cœur. Pour le diluer, mettez un zest d’imagination. Epicez le tout d’une pointe de peine, d’humour, de sarcasmes, et pour la couleur, mettez tout le sachet d’amour que vous possédez.

Afin d’enlever le goût amer de l’extrait de peine, saupoudrez le mélange d’une fine couche de tendresse et mélangez avec douceur… En fonction de la personnalité ou de l’humeur, voir du passé, vous pouvez ajouter sous forme de cubes confits un peu de rancœur ou encore des pépites de complicité…

Mettre sur papier et laissez le mélange pendre forme.

Vous pouvez alors servir avec une boule taquine, une crème d’amitié ou un coulis indécent…

Ok, j’ai fait mieux
par Suzy Bellule publié dans : Textes
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