Cette nuit a été différente de notre première. Si je ne le connaissais pas si bien, jaurais pu dire quil tombait amoureux de moi. Le besoin de la relation sexuelle pour combler un manque finalement animal a laissé, le temps de ces quelques heures, la place au désir. Jamais je naurais imaginé quil puisse être aussi doux. Je le savais câlin, trop peut être car ce trait de son caractère a déjà causé bien des dégâts en ma misérable personne. Oh il nest en aucun cas responsable de cela ; il sest contenté dêtre lui-même. Je suis la seule fautive dans cette histoire ; la seule à mêtre crue capable de résister à son charme.
Pourtant jai toujours su quil correspond en tous points à cet être recherché. A quelques détails près, son visage est celui que je métais imaginé pour le prince charmant de mes contes de fées aux fins heureuses. Son corps nest pas excessif. Je ne saurais en faire le détail, il est un juste milieu entre la force de ses muscles et la fragilité de sa silhouette.
Sa peau pâle mattendrit, ses épaules me rassurent, sa voix me berce, ses yeux me rendent docile, ses lèvres me font chavirer.
Je raffole de ses mains. Abîmées, la peau durcie par le travail, elles sont pour moi un trésor. Malheureusement celui-ci mest interdit. Plusieurs fois cette nuit jai tenté en vain de me les approprier ne serait-ce quun instant, pour une complicité, une intimité supplémentaire. Mais à peine avais-je eu le temps de frôler ses longs doigts quils méchappaient déjà. Je me demande pourquoi il ma ainsi refusé ses mains. Peut être quà ses yeux elles ont autant dimportance quaux miens
La main. Finalement, le résumé de notre être. Je nai aucun mal à cerner la personnalité des gens rien quen regardant leurs mains. Les siennes sont assez grandes, aux doigts fins et osseux. Son travail les a rendues fermes, parfois rugueuses, souvent blessées. Mais elles sont aussi très douces dans leurs caresses, très souples dans leurs mouvements. Ses doigts me paraissent si fragiles et la peau tendre de ses paumes est terriblement attirante. Il est tout ça
Et comme pour laisser une distance entre nous, il ma interdit ses mains.
Mais dun autre côté, il a bien légué son corps à ma science le temps dun massage. La jupe légèrement relevée, je tenais son corps entre mes cuisses. Je le possédais et mes mains avaient carte blanche. Les épaules, le dos, les reins à leur merci, avec pour seul mission, détendre et éveiller quelques envies peu avouables
La nuit est finie, il fait jour. De retour à la réalité, jai du descendre de mon nuage. Finalement, rien na changé. Comme la première fois, je suis assise dans la gare, attendant un train toujours en retard. Ce nest rien, je ne suis pas pressée de retrouver mon quotidien solitaire.
Je me mets alors à rêvasser, limaginant entrer en courant dans la gare, les jambes tremblantes et le cur hystérique à lidée darriver trop tard. Mais il me verrait et dun pas décidé, marcherait vers moi. Et moi
hésitante mais ravie de le revoir si vite, je me lèverai de mon banc pour quil puisse me serrer dans ses bras. Son visage enfouie dans mon cou, je sentirai son souffle chaud tel un message pour me dire : si, quelque chose a changé
Mais tout ce scénario nest quune fantaisie. Mon amour restera toujours notre fardeau. Sa punition dêtre si gentil, ma plaie dune telle faiblesse. Le train arrive, rien na changé
La gare B., celle juste avant la sienne. Jai beau rentrer chez moi, la voir après, elle restera celle « juste avant ». Je ne vais pas ailleurs, je retourne en arrière avec pour seul bagage le souvenir de ses caresses, de son visage endormis, et dans le creux de mes mains, lodeur de son shampoing, tenace davoir tant joué avec ses boucles.
Ce nest pas un jeune surfeur aux longs cheveux délavés mais un homme mûr aux cheveux bouclés. Jai grandit, il en est la preuve vivante
et sûrement un peu responsable.