Samedi 30 avril 2005

Le vent s’est engouffré dans la fenêtre ouverte faisant danser le rideau blanc. La lumière tamisée d’une bougie parfumée posée sur la table donne à ce salon des allures de retraite. Tout semble calme, à l’abris du monde : Le feu de cheminée crépite timidement, le bulleur de l’aquarium offre une musique relaxante. Dans le canapé, un homme s’est endormi après une longue semaine de travail. Son costume est légèrement froissé, la cravate desserrée ; la chemise sortie du pantalon a ses deux premiers boutons ouverts. Les yeux clos, il semble tellement vulnérable. Ses cheveux sont en bataille et une barbe naissante recouvre régulièrement sa fine mâchoire.
A moitié allongé, son bras pend négligemment du canapé, ses pieds sont renversés au sol, il ne s’est pas donné la peine d’enlever ses chaussures. La sueur perle sur son front plissé de haine. Quelle mauvaise journée…

Dehors, une voiture se gare. L’automobiliste reste là, les bras sur le volant, la tête posée dessus. Dans le pare-brise, son regard trahit la peine, la rage, la fatigue et un peu de douleur. Quelle mauvaise journée…
Les clefs de la maison dans une main, le carton à dessins dans l’autre, l’automobiliste sort une première jambe de la voiture. Le vent fouette son mollet. Il va falloir faire vite pour ne pas attraper froid. Ses talons claquent alors sur le trottoir jusqu’à cette porte adorée, ce vieux bout de bois qui sépare le monde de ce petit paradis hors du temps. La serrure est dissipée ce soir à cause du froid : La paix sait se faire attendre mais il faut rester calme, le bonheur est proche.

La porte une fois ouverte, une douce chaleur parfumée enivre cette demoiselle. Silencieusement, elle entre dans le salon et retrouve son amour endormi. Elle lâche négligemment ses clefs sur la moquette pour ne pas faire de bruit, aux côtés de ses chaussures à talons et de son carton. Puis de ses doigts froids, elle efface cette goutte de sueur sur le front vulnérable. Elle s’assoit sur le bord du canapé et regarde l’homme qu’elle aime se réveiller. Son visage s’est adoucit, toute la colère qu’il avait accumulé durant la semaine s’est évanouie à la vue de cet ange citadin en tailleur pourpre. Les dernières cicatrices de l’extérieure seront effacées par leurs caresses et baisers. Plus rien ne compte, ils sont ensemble. Qui a parlé d’une mauvaise journée ?
par Suzy Bellule publié dans : Textes
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