Le vent sest engouffré dans la fenêtre ouverte faisant danser le rideau blanc. La lumière tamisée dune bougie parfumée posée sur la table donne à ce salon des allures de retraite. Tout semble calme, à labris du monde : Le feu de cheminée crépite timidement, le bulleur de laquarium offre une musique relaxante. Dans le canapé, un homme sest endormi après une longue semaine de travail. Son costume est légèrement froissé, la cravate desserrée ; la chemise sortie du pantalon a ses deux premiers boutons ouverts. Les yeux clos, il semble tellement vulnérable. Ses cheveux sont en bataille et une barbe naissante recouvre régulièrement sa fine mâchoire.
A moitié allongé, son bras pend négligemment du canapé, ses pieds sont renversés au sol, il ne sest pas donné la peine denlever ses chaussures. La sueur perle sur son front plissé de haine. Quelle mauvaise journée
Dehors, une voiture se gare. Lautomobiliste reste là, les bras sur le volant, la tête posée dessus. Dans le pare-brise, son regard trahit la peine, la rage, la fatigue et un peu de douleur. Quelle mauvaise journée
Les clefs de la maison dans une main, le carton à dessins dans lautre, lautomobiliste sort une première jambe de la voiture. Le vent fouette son mollet. Il va falloir faire vite pour ne pas attraper froid. Ses talons claquent alors sur le trottoir jusquà cette porte adorée, ce vieux bout de bois qui sépare le monde de ce petit paradis hors du temps. La serrure est dissipée ce soir à cause du froid : La paix sait se faire attendre mais il faut rester calme, le bonheur est proche.