Une vielle dame qui se disait être ta grand-mère a frappé à ma porte un matin. Le visage à la fois doux et terrifié, elle est entrée et sest assise dans la véranda où je prenais mon petit déjeuner. Elle a bu péniblement une tasse de thé, quelque chose la tracassait.
Néophyte le chat sest blotti sur ses genoux et elle a pleuré. Silencieusement je me suis approchée delle et je lui ai pris la main. Elle tremblait comme une feuille. Je ne savais quoi faire, quoi dire
Cest alors quun bruit dans la maison minterpella. A mon retour, elle semblait avoir repris ses esprits. Droite sur sa chaise, tripotant sa cuillère, elle me parla de toi : « Mon petit fils est malade. Les docteurs ne savent pas ce qui lui arrive. Tout ce quils ont su dire, cest quil a besoin de repos. Mais je dois déjà moccuper de mon pauvre époux et ma belle fille ne veut pas soccuper de son propre fils. »
Cest ainsi que dans une ambulance, tu as traversé le pays jusquà moi. Je ne comprenais pas pourquoi ta grand-mère mavait choisie. Tu as beaucoup damis, plus fidèles et plus solides que moi. Mais dans ton sommeil agité, cest mon nom que tu prononçais. Parfois en simple murmure, dautres fois tu le hurlais, comme un appel à laide, la nuit comme une déclaration damour.
Notre vie de couple dura deux semaines. Deux semaines à ton chevet, à te regarder dormir, à tessuyer le front lors de tes cauchemars, à fermer les yeux et trembler chaque fois quun médecin te piquait ou manipulait
Mais surtout deux semaines rythmées par ta respiration fébrile. Ton visage torturé minspirait, tes gémissements mapprenaient la tendresse, ta silhouette réveillait le désir, tes mains me fascinaient, ta respiration me berçait
Mais un après-midi, réchauffée par le soleil timide du printemps, jai entendu ce souffle cesser. Je nai pas voulu ouvrir les yeux tout de suite. Notre parenthèse se terminait, je voulais en profiter une dernière minute
Ta grand-mère est revenue te chercher. Néophyte ma câlinée mais jaurais tant aimé sentir tes bras à la place.
Demain, ce sera notre dernier rendez-vous, en compagnie de ta famille, de tes amis. Ils se demanderont qui je suis mais peu importe, je me dois de venir, je te dois tellement.