Lundi 28 février 2005

Un de ces ratages que je n'arrive décidemment pas à arranger... L'envie est là, l'idée aussi mais pas la mise en forme. Si quelqu'un est tenté à le remodeler à sa mode, qu'il n'hésite pas... Je veux juste être la première à lire le résultat hihihi...

   Amorphe, mon verre d’absinthe pour seul ami et pour confidentes toutes ces heures passées ici, plus rien ne m’intéressait… A part cette femme ou plutôt cette enfant, dans une tenue si transparente, dansant d'une légèreté qu'on la croyait voler parmi les tables du café. Elle était d'une maigreur alarmante, mais dans son regard, on sentait que cela ne la troublait guère. Bien au contraire, devenue si légère, elle volait enfin vers les cieux tel un spectre verdâtre et maladif.
Et cette robe, si longue, si fine, si légère... Comme une sorte de voile qu'elle aurait emmené dans sa danse, cachant alors sa silhouette d'un léger filtre. Les chandelles m'éclairaient cette nymphe, dessinant dans ce drap la silhouette de la danseuse. Le tissu était-il vraiment vert, ou étais-je déjà à ce point ivre de cette liqueur que ma vision en était teintée d'hysope et de mélisse ? Peu m'importait, le voile était transparent, je voyais enfin la fée verte.
Je n'aurais jamais cru qu'elle était réelle, elle qui défiait toutes les lois de la pesanteur dans une ronde enivrante si quelques heures plus tard, je ne l'avais pénétrée avec toute l'animosité que l'alcool me permettait encore. L’odeur anisée de sa nuque, sa peau glacée et ses gémissements me transportèrent alors dans les brunes nocturnes si chères à mes innombrables cuites. J’errais en terres inconnues et pourtant si familières… Cette sérénité humide et froide qui m’accompagne toutes les nuits vers mon repos, je la retrouvais en cette fille à une différence près, cette fois elle était palpable. Je n’osais poser les mains sur elle, de peur que ce mirage ne s’efface et me rende à ma solitude. Mais ma fée verte ne m’a pas quittée. J’ai eu mon os, l’ai dégagée de mon étreinte. Elle m’a regardée droit dans les yeux et c’est alors que j’ai réalisé la différence. J’avais l’âge d’être son père, moi qui venais de lui voler un peu de son âme, sans vraiment m’en rendre compte.
Par lâcheté ou par peur, je ne sais plus, je suis parti, la laissant là, derrière moi pour retrouver les rues humides. J'aurais pu mettre autant de sucre dans mon verre que je n'aurais pu effacer l'amertume de cette absinthe. La jeunesse m'a offert une dernière nuit avec elle, en guise d'adieu. Je ne suis plus qu'un ivrogne qui comprend enfin le mot apsinthion... Les grecs avaient raison, l'absinthe est imbuvable.

par Suzy Bellule publié dans : Textes
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
creer son blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus